Prisonnier de Guerre

Je savais, par ma grand-mère et mes parents, que mon grand-père Misael avait été fait prisonnier pendant la Seconde Guerre Mondiale et avait réussi à s'évader. Mais c'est tout ce que je savais; je n'avais aucun autre élément, aucune date, aucun lieu ....

En commençant la généalogie de ma famille, j'ai donc décidé de rechercher quelques renseignements complémentaires afin d'essayer d'en savoir un peu plus sur ce fait là.

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En novembre 2006, j'ai appris qu'il existait un service d'archives au Ministère de la Défense concernant les victimes des conflits contemporains. Je leur ai donc fait parvenir un courriel avec tous les renseignements (nom, prénoms, date de naissance...) que j'avais en ma possession, afin de voir si eux pouvaient me trouver quelques renseignements dans leurs archives.

Fin Avril 2007, je reçois de leur part un courrier contenant une fiche de "parcours de prisonnier de guerre", sur laquelle était noté tout ce que j'avais toujours voulu savoir !

voici les renseignements que j'ai pu obtenir :

Nom                            PIERON
Prénom                        Misaël
Date de naissance         09 février 1916
Lieu de naissance          Creil (Oise)
Grade                          soldat de 2eme classe
Bureau de recrutement   
Matricule recrutement    640
Régiment                     18eme Génie
Capturé le                    20 juin 1940
à                                "Charmes"
N°matricule captivité     2562 au Stalag XIIB

Stalag XIIB             Frankenthal        date arrivée ?    
                                                     date départ ?
Stalag XIIF             Bolchen              date arrivée ?    
                                                     date départ 21/03/1942

en observation, il est noté : évadé le 21 mars 1942





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carte de la situation des Stalags

Un  Stalag  est un type de camp pour les prisonniers de guerre , c'est-à-dire pour les soldats (pas pour les civils).
Sur le territoire allemand, les prisonniers de guerre sont tous rattachés à des camps répartis entre les diverses circonscriptions militaires du Reich.
Le Stalag XIIB  est situé à Frankenthal dans la salle des fêtes où tous les hommes, ainsi que les services annexes du camp, sont groupés dans la grande salle dont la capacité est de 1450 couchettes sur deux hauteurs (selon le rapport d'un délégué du CICR en novembre 1940); l'aération y est insuffisante, aucun moyen de chauffage n'est prévu....jusqu'en novembre 1941, il n'y a aucune table, soit pour manger, soit pour écrire.
Le Stalag XIIF , situé en Lorraine annexée,  faisait partie de la circonscription de Wiesbaden, situé à Forbach (puis Sarrebourg) du 15 novembre 1940 à sept-déc. 1944 puis il est déplacé à Freinsheim (Allemagne) jusqu'en mars 1945.
Plusieurs annexes : Boulay (Moselle) de sept.1941 à juin-sept. 1943, Camp du ban-Saint-Jean en déc. 1944, Bliesmengen-Bolchen.
Il y aurait eu 136 Arbeitskommandos (groupes de travail) qui travaillaient hors du camp.
Au 1er sept.1943, 17524 français sont dénombrés dans ce camp sur 49015 prisonniers.
Chaque prisonnier de guerre a un numéro matricule , gravé sur une plaque de métal qu'il devra toujours avoir sur lui.
Chaque prisonnier gardera ce même numéro, restera attaché au camps où il a été immatriculé à son arrivée en Allemagne quels que soient les changements d'affectation ultérieurs.

Récit d'Evasion

Quelques temps plus tard, ma grand-mère a retrouvé une enveloppe.
Dans cette enveloppe, elle avait conservé, au décés de mon grand-père, plusieurs papiers concernant la période suivant son emprisonnement au Stalag.

Parmi ces papiers, 7 pages manuscrites sur lesquelles mon grand-père a relaté ses 2 tentatives d'évasion et la troisième tentative qui a réussi.

Je pense qu'il a écrit ces pages au moment où il a demandé la Médaille des Evadés puisqu'il est nécessaire de justifier.

Je ne peux malheureusement pas retranscrire tout le récit ici , mais en voici quelques extraits représentatifs de ce qu'il a vécu pour arriver à rentrer chez lui.

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"Aprés huit mois de captivité, je fabrique 2 passe-partouts, l'un destiné à ouvrir la pièce où nos vêtements et chaussures sont enfermés chaque soir, l'autre à ouvrir la porte mitoyenne à la salle des gardes allemands et donnant sur la cuisine..............J'ai ouvert la première porte............ensuite habillés en civil dans un Kommando de 150 prisonniers, j'ai ouvert la deuxième porte........mais la porte donnant sur la cour, habituellement sans serrure, était cette nuit là barricadée à l'extérieur..............mon camarade pris peur et me força à rebrousser chemin. Il nous fallu alors tout refaire à l'inverse...........notre première tentative avait avorté. Nous fûmes changés de Kommando."

"Le 27 décembre 1941, je partais seul.Travaillant à la mine, je remonte un quart d'heure avant la fin du travail ...............j'empruntais pour mon départ la route passant devant le Kommando, lorsque entre la mine et celui-ci, je tombais nez à nez avec la sentinelle.....je crus avoir été dénoncé mais je m'aperçus très vite qu'elle était ivre et sur son injection........je le suivi...........dix minutes aprés mes camarades arrivaient avec un contremaitre qui, ne m'ayant pas trouvé et mes camarades lui ayant dit que j'étais parti parce que j'étais malade, venait vérifier avec appréhension la véracité de leurs dires..............le lendemain, 28 décembre, il y avait 25cm de neige. Encore une fois ma tentative était manquée."

"Ayant compris les gros risques d'une évasion seul, je prospectais mes camarades un à un pour trouver un compagnon............et un ouvrier allemand chez qui il travaillait le dimanche lui promit de nous fournir boussole et habits civils..........Nous décidons alors de nous évader le samedi 21 mars (1942) car cette semaine là nous travaillons au poste du soir c'est-à-dire de 14h à 22h............mais par coîncidence cette dernière semaine nous fûmes changés de poste.....je décide de ne pas changer la date du départ et avec mon compagnon nous fixons un lieu de rendez-vous à quelques centaines de mètres du Kommando dans un fourré où nous devions nous retrouver vers 21h..........à 21h moins quelques minutes, je sautais dans la cour du bâtiment.......je jette ensuite mes affaires par dessus la clôture de barbelés ayant gardé ma veste pour écarter les fils. ................j'avais tracé un itinéraire d'évasion.......n'ayant marché que la nuit et au petit jour presque sans cesse sous bois ..........Nous attaquames la montagne .....cette traversée nous fut d'autant plus pénible qu'au sommet de chaque cime , la boussole nous indiquait la cime d'en face et il nous fallait redescendre pour remonter ensuite. J'avais le talon en sang et l'ascension me faisait souffrir.Alors mon camarade me donnait la main pour me soulager et nous nous aidions d'un baton chacun taillé en guise de canne .................recueillis par des habitants, ceux-ci nous firent manger et coucher et nous apprirent l'arrestation du chef de gare qui s'occupait de recueillir et diriger les évadés ............Aprés maintes péripéties, nous sommes hébergés au pensionnat St Joseph qui nous garde pendant 2 jours. Puis nous partons d'Epinal à pieds un matin pour prendre le train à une petite gare en direction de Besançon ..........nous rentrons dans un petit café pour rechercher l'adresse et le numéro de téléphone d'un industriel que j'avais connu avant la guerre ........lui demande s'il ne connait pas de passeur pour nous guider afin de traverser la ligne de démarcation  ...........appelle un de ces contremaitres .......celui-ci nous amène chez lui et là nous déposons tout ce qu'il nous reste comme papiers et comme nous avons des photos, il nous fait faire des cartes d'identité. .........comme nous lui inspirons confiance, il nous confie, pour les emmener avec nous en zone libre, deux anglaises évadées du camp de Vittel ..........elles nous suivront sans un mot et à distance ..........aprés un kilomètre vers la forêt, nous trouvons un cycliste qui nous fait un signal convenu et le suivons dans les bois jusqu'à une cabane de charbonnier où nous restons en attendant l'arrivée du passeur ...... nous traversons l'espace où se trouve la ligne de démarcation à travers un marécage et franchissons la Loue en barque pour arriver en zone libre à Ounans .......de là nous nous dirigeons dans un centre d'accueil pour évadés ......le chef de centre me délivra, d'ailleurs aprés un long interrogatoire, un certificat d'évasion le 6 avril 1942."

Résistant

Lorsque j'ai su, qu'apres s'être évadé, mon grand-père était entré dans la résistance, j'ai fait des recherches auprés de l' Office National des Anciens Combattants (ONAC) et très rapidement j'ai pu obtenir une copie de son dossier dans lequel j'ai retrouvé tout son parcours en tant que résistant.

Dés qu'il s'est évadé en mars 1942, mon grand-père a commencé à aider les autres pour permettre leur évasion.
Du 1er avril au 6 avril 1942, il va aider à l'évasion d'anglaises internées au camp de Vitell. Il leur fera passer la ligne de démarcation entre Besançon et Lons-le-Saunier et les remettra à une filière pour leur passage en Angleterre.

Ensuite, pendant quelques mois , mon grand-père partira dans l'Aveyron dans sa famille maternelle (chez la soeur de mon arrière grand-mère) avant de revenir dans le Lot épouser ma grand-mère en septembre 1942.

C'est en juin 1943 que mon grand-père rentrera vraiment dans la résistance en rejoignant les Forces Françaises de l'Intérieur.

De juin 1943 à mai 1944, il est dans le Corps franc Pommiès Bataillon Sud (Lot).
Il participera alors à diverses actions de résistance :
                 fabrication de faux papiers (cartes grises, laisser-passer),
                 transport de véhicules clandestins destinés au maquis,
                 camouflage de métaux non ferreux ( remis à la libération au préfet du Lot),
                 déménagements clandestins de métaux non ferreux des églises

Du 1er juin 1944 jusqu'à la Libération de son secteur ( 26 août 1944), il est dans les Francs Tireurs Partisans Français (FTPT) Etat major Départemental .
Il conduira le troisième camion qui entre dans la ville de Toulouse pour sa libération et subira l'attaque des miliciens sur le Pont-Neuf.

Et aprés !

Aprés, sur le "Certificat d'appartenance aux FFI" on relève que mon grand-père " n'a pas continué à servir dans sa formation aprés la libération; Il est rentré dans ses foyers le 27 août 1944".

En décembre 1951, il obtient la Médaille des Evadés

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En 1953, il fait la demande de "Carte de Combattant Volontaire de la Résistance" et l'obtient en novembre 1953.

La loi du 20 août 1926 créa la Médaille des Evadés afin de commémorer les actes d'évasion des prisonniers de guerre.
Pour la guerre de 1914-1918, 16.000 médailles furent attribuées par une commission interministérielle.Une ordonnance du 7 janvier 1944 étendit son attribution pour les actes ou les tentatives d'évasion des militaires ou des civils pendant la guerre 1939-1945.
Pour la guerre 1939-1945, les bénéficiaires de cette médaille sont les militaires ou anciens militaires s'étant évadés entre le 2 septembre 1939 et le 8 mai 1945.
Pour que la médaille soit accordée, il est nécessaire que l'interessé :
        -  puisse prouver qu'il a réussi une évasion d'un camp de prisonniers de guerre ou il était détenu, d'un endroit où il était détenu en raison d'une action de résistance, d'un territoire ennemi ou occupé par l'ennemi.
Lors de la demande d'obtention, l'interessé doit remplir un formulaire remis par l'autorité militaire sur lequel il doit relater avec précision les évenements et les circonstances de l'évasion et citer si possible les personnes susceptibles de confirmer cette évasion.
        -  puisse justifier de 2 tentatives d'évasion (sorties effectives d'une enceinte militairement gardée par l'ennemi) suivies de sanctions disciplinaires, ou d'une seule tentative suivie d'un transfert dans un camp de représailles ou dans un camp de déportation.
  Pour ce conflit, on dénombre, en 1992,  38.976 médailles attribuées.

D'autres Papiers

Parmi les papiers retrouvés par ma grand-mère, le "Livret Individuel militaire" , la "Fiche de Démobilisation" et une "Déclaration pour les droits à la solde" qui me permettent de "retracer" le parcours militaire de mon grand-père et avoir quelques renseignements complémentaires concernant la période post-évasion.

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Mon grand-père faisait parti de la Classe de recrutement 1936 à Beauvais.
Il fut incorporé au corps 18eme Régiment du Génie ( régiment de sapeur-télégraphistes) en octobre 1936 puis renvoyé dans ses foyers en octobre 1938.

Le 23 mars 1939, il fut convoqué au 18eme Régiment du génie 4e bataillon 9e compagnie 1ere classe à Metz selon le Décret Loi du 20/03/1939 puis compagnie 106R à partir du 27 août 1939 où il était colombophile jusqu'au 21 juin 1940 (lorsqu'il a été fait prisonnier).
Le 06 avril 1942 (aprés son évasion et son retour en france), il fut démobilisé à Bourg (Ain).

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***

Sur la Fiche de Démobilisation établie le 06 avril 1942 par le Centre de Bourg, outre les renseignements habituels (nom, prénom, date et lieu de naissance, adresse, situation de famille, dernier corps d'affectation...), on remarque plusieurs mentions :
      -  "la présente fiche donne droit au transport gratuit sur les lignes de la SNCF"
      -   un tampon " a perçu 1000 francs"
      -   un tampon " a perçu 1 costume civil, 1 béret, 1 jersey, 1 chemise, 1 caleçon, 1 p.chaussettes, 1 mouchoir, 1 p.chaussures, 1 musette
      -   un tampon "a reçu 5 journées de tickets d'alimentation pour permissionnaire"
Au dos, la mention selon laquelle mon grand-père s'est  vu remettre la carte d'alimentation le 8 avril 1942.

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Le jour de sa démobilisation, mon grand-père a rempli une Déclaration afin de pouvoir percevoir la solde qui lui était due depuis qu'il avait été fait prisonnier.

Sur la 1ere page, on retrouve les renseignements habituels avec , en plus, l'indication du lieu de capture et le lieu d'internement.

Sur la 2eme page, la date jusqu'à  laquelle il a été payé de sa solde et des indemnités  31 mai 1940

3eme page
     Droits à la solde et aux diverses indemnités de solde
         - période antérieure à la capture
           du 1e au 20/06/40 ..............................20 j  à 2.40 =  48
         - droits acquis au cours de la détention
           du 21/06/40 au 05/04/42 ...................654 j à 1.10 = 719
        - droits ouverts à compter du jour du départ du camp
            du 06/04/42 .......................................10 j à 1.10 = 11
        - prime démobilisation .................................           1000
        - allocation forfaitaire ...............................                 40

                                                             Total ........       1818
    
      A déduire
         - montant de l'avance perçue au départ du centre         1000

      Différence                                                                   818

Cette somme sera payée le 25 avril 1942, par la perception du lieu de résidence de mon grand-père en Aveyron.